Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 03:06

 

Quelques petites mises à jour...

 

Marie Gerlaud, auteure
Repost 0
Published by Marie Gerlaud
commenter cet article
17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 13:07
Ma carte de visite : Marie Gerlaud, auteure
Repost 0
Published by Marie Gerlaud
commenter cet article
25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 14:19

Les carnets de Jean Denis

 

 

Les carnets de Jean Denis

roman

 

Texte du volet

 

J’ai parfaitement conscience qu’il suffirait de quelques lignes pour relater ce qui est au fond un fait divers que rien ne distingue de tant d’autres. Quelques lignes qui situeraient les protagonistes et exposeraient les faits tels qu’ils se sont déroulés. Mais précisément, quels faits ? Ombre ? Sans doute, oui, fut-elle coupable, mais coupable de quoi ? Personne ne le saura jamais. Ombre ! Le surnom qu’avait inventé pour elle Nicolas Dantec : Ombre ! Il lui disait Ombre ! Ombre ! Mon Ombre ! Les faits ? Lesquels ? Oui sans doute a-t-elle commis des folies. Que m’importe ! Les faits exacts ? À l’heure actuelle, personne n’en a connaissance, il faudrait une enquête pour les déterminer. Or, j’ai détruit la lettre qui devait informer la Justice, prévenir les Autorités, alerter juges, commissaires, procureurs.



Books on Demand
ISBN 978-2-322-03106-1, Couverture souple, 172 Pages

 

 

Marie Gerlaud

Née en 1964. Elle est l’auteure de L'Entreciel que Joël Jouanneau a adapté pour le théâtre, spectacle créé en mars 2012 au Théâtre le Strapontin (56) et recréé en 2013 au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis (93). L'Entreciel y sera joué du 16 au 31 mai 2013 dans le cadre du FESTIVAL VI(LL)ES.Les carnets de Jean Denis est son premier roman.

 

Ses œuvres

 

Les carnets de Jean Denis publié chez B.O.D

Blockhaus Atlantique publié chez B.O.D

Le Livre des Jours publié chez B.O.D

L’Entreciel publié chez L'Harmattan

 

http://www.amazon.fr/carnets-jean-denis-Marie-Gerlaud/dp/2322031062/ref=sr_1_3?s=books&ie=UTF8&qid=1363519122&sr=1-3

 

http://www.bod.fr/index.php?id=1786&objk_id=992585

Repost 0
Published by Marie Gerlaud - dans Romans
commenter cet article
17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 11:46

Blockhaus atlantique     

      

 

     

Dessin de Patrice Lebreton

 

Texte du volet

Jasper aura 17ans dans 8 jours, son amie Reinette en a 16 et demi. Le drame se déroule aujourd'hui. Il fait partie de ceux dont on se dit après-coup : "C'est incompréhensible ! Comment de telles horreurs peuvent-elles survenir ? Et sans que l'on n'ait rien vu venir ! Ces jeunes gens paraissaient si normaux..."

 

Extrait  

Jasper
Farine animale par matins pluvieux :
                        Un snif !
On bossera tous là-bas, ou dans un truc du même genre
Si on bosse !

Reinette
Feu ! Feu !

Jasper
Cervelet craché par le nez. Pauvre Reinette
Ici, maintenant, bruine somnolente
Echos d'armées dans le béton des blockhaus
C'est ce que nous allons apprendre :
            L'alphabet des grenades.

Reinette
Jasper sniper
D'enfer,
Foutue défonce !
Ma poudre d'os, vite, vite, ou j'crève

Jasper
Feu ! Feu !


Books on Demand / ISBN 978-2-322-03041-5

Couverture souple, 72 Pages / € 9 50 *TVA incluse

 

 

 

Portrait de l'auteure

 

Née à Lyon en 1964, elle vit  en Bretagne depuis plus de quinze ans. Après une formation de comédienne, elle a dirigé pendant une vingtaine d'années la compagnie de théâtre Athanor pour laquelle elle a créé de nombreux spectacles dont « À voix nue », à l'origine du récit Le Livre des jours. Lorsque l'espace où elle avait créé le Théâtre de la Petite Forge à Port-Louis (Morbihan) fut vendu, elle décida de se consacrer exclusivement à l'écriture. Son lien avec le théâtre reste cependant étroit, et la nouvelle-titre de son recueil « L'Entreciel » a fait l'objet d'un spectacle théâtral mis en scène par Joël Jouanneau. La pièce sera jouée du 16 au 31 mai 2013 au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis, dans le cadre du FESTIVAL VI(LL)ES.

 

 

  

Ses œuvres

 

Blockhaus Atlantique publié chez B.O.D

Les carnets de Jean Denis publié chez B.O.D
Le Livre des Jours publié chez B.O.D

L’Entreciel publié chez L'Harmattan

 

 

 

http://www.amazon.fr/Blockhaus-Atlantique-Gerlaud-M/dp/2322030414/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1363176739&sr=1-1

 

http://www.bod.fr/index.php?id=1786&objk_id=984649

 

 

Repost 0
Published by Marie Gerlaud - dans Pièces de théâtre
commenter cet article
9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 09:09

 

 

 

FESTIVAL VI(LL)ES

 

Du 16 Mai 2013 au 31 Mai 2013

 

MAR, MER, JEU, VEN À 19H30 - SAM À 18H – DIM À 16H

RELÂCHE LES LUNDIS, DIM 19 ET MAR 28 MAI

DURÉE : 1H15

 

 

 

 

 L’ENTRECIEL

 

de  MARIE GERLAUD

 

 

 

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE DE JOËL JOUANNEAU

AVEC MOUNIA RAOUI

 

LUMIÈRE - THOMAS COTTEREAU  /  SON - DAVID BREGARDIS

 

 

 

Depuis une trentaine d’années, Joël Jouanneau met en scène et écrit du théâtre, passant avec aisance du répertoire classique à l’écriture contemporaine. En tant qu’auteur, il circule tout aussi librement entre théâtre pour adultes et théâtre jeune public. Des points récurrents à son œuvre, pourtant: le thème de l’enfance, la fragilité et la solitude liées à nos conditions humaines, et un amour immodéré pour le travail avec les acteurs.

 

Son dernier projet, L’Entreciel, de la jeune auteure Marie Gerlaud, est à la croisée de ses passions: un texte délicat, un peu mélancolique. Le quotidien teinté de rêveries d’une petite fille confrontée à la dureté et à la dégradation d’une cité quasi abandonnée. Une comédienne captivante, Mounia Raoui, qui allume les mots de L’Entreciel comme des feux pour nous guider dans l’obscurité.

 

 

Haut du formulaire

Joël Jouanneau

 

Metteur en scène, auteur, Joël Jouanneau ne se consacre à l'écriture qu'en 1988 et à la mise en scène de pièces adressées aux enfants dont il précise qu'ils peuvent être « petits et grands ». Il est à l'origine de la création d'Heyoka, Centre Dramatique National pour la Jeunesse attaché au Théâtre de Sartrouville dont il assume la co-direction jusqu'en 2003.

 

Ce qui frappe dans l'écriture de ses textes dits pour enfants c'est qu'ils oscillent entre deux mots qui comportent chacun trois voyelles : oui, aïe ;  l'alliage possible du grave et du léger et qu'ils évoquent les premières déconvenues de la vie ou abordent des expériences plus douloureuses comme la séparation et la mort. Nourri de sa propre mémoire d'enfant élevé dans un petit village du centre de la France, son théâtre a un pouvoir évocateur qui invite chacun à arpenter moralement sa chambre d'enfant. A travers son travail d'auteur, Joël Jouanneau contribue à l'émergence d'un véritable théâtre de répertoire pour la jeunesse.

 

Bas du formulaire

 

Haut du formulaire

Marie Gerlaud

 

Formée au métier d’acteur au Théâtre-École de Lyon avec Daniel-Claude Poyet, elle a suivi des stages avec le Théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal à Paris, avec le Roy-Hart Théâtre de Lyon, ainsi qu’avec le Théâtre du Mouvement à Paris. Elle devient professeur au Théâtre-École de Lyon et assistante artistique du Daniel-Claude Poyet au Théâtre des Marronniers à Lyon.

En 1987, elle fonde à Lyon son propre groupe de recherches théâtrales : la Compagnie Athanor. De 1987 à 1998, elle joue dans de nombreux spectacles tant au Théâtre des Marronniers qu’avec sa Compagnie Athanor dont des œuvres d’Euripide, Racine, Laure, Bruant, Tzara, Duras… En 1998 la Compagnie Athanor s’installe en Bretagne. De 1998 à 2003, Création de spectacles pour enfants et pour adultes. En 2004, le bâtiment où elle avait créé le Théâtre de la Petite Forge à Port-Louis (56) est vendu.

 

 De ce jour, elle consacre son travail exclusivement à l’écriture. En 2009, parution du recueil de nouvelles « L’ENTRECIEL ». En 2012, création de la maison d’édition « in fine ». Parution au premier trimestre 2012 d’un récit : « LE LIVRE DES JOURS », parution troisième trimestre 2012 d’un roman : « LES CARNETS DE JEAN DENIS »

 

 LE TEXTE EST PUBLIÉ AUX ÉDITIONS L’HARMATTAN

 

 

L’ENTRECIEL

de  MARIE GERLAUD

 

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE DE JOËL JOUANNEAU

AVEC MOUNIA RAOUI

 

Du 16 Mai 2013 au 31 Mai 2013

 

entreciel-5-rec essai 

 

©Alew Webb

 

 

 

Production L’Eldorado / le Strapontin-Scène des Arts de la parole
Production déléguée TGP-CDN de Saint-Denis

 

 

 

RÉSERVEZ VOS PLACES

 

Repost 0
Published by Marie Gerlaud - dans Programmation théâtrale
commenter cet article
28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 01:04

 Livre des jours-Livre

 

Article livre des jours presse Maillard

 

    Voir "Mes liens" et "Mes pages" pour :

 

lire la critique de Brigitte Maillard sur son site

commander "Le livre des jours"

visionner mon film vidéo "Le Livre des jours" librement inspiré de mon livre

visiter mon site d'auteur

me rejoindre sur Facebook 

 

1-Marie et Clovis pour Blog OK

 

 

 

 

Repost 0
Published by Marie Gerlaud - dans Articles de presse
commenter cet article
11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 12:10

 

La maladie du canal

 

 

Extrait :

 

 

À l’arrêt du moteur, un sourire s’esquissa sur ses lèvres. Dans l’instant le visage redevint lisse, il n’avait pas pour habitude de laisser transparaître ses émotions, ni ses joies ni ses peines. Les unes et les autres déroulaient leur train d’une façon totalement intérieure et il était rare que le regard ou les traits en soient durablement marqués. Tout au plus comme cela venait de se produire un bref sourire ! Il pouvait également arriver que l’œil laisse s’échapper un brusque rai d’irritation, les pupilles se dilataient alors imperceptiblement. Le rideau des paupières s’abattait aussitôt. Lorsqu’il se relevait, il ne restait rien dans les yeux pour témoigner de l’éclair inquiétant venant de les traverser ! Le plus souvent toutefois, l’expression de son visage ne révélait pas grand-chose de ses pensées, lesquelles étaient plus à leur aise à sinuer dans les galeries de l’ombre solitaire qu’à l’envol sur le terrain de conversations animées.

 

Quartier des friches, naissance de l’aube. Dans sa gaine de béton clair, le flot sombre du canal, tranquille, parfaitement dompté.La voiture est en travers de la berge ; elle appartient à la compagnie de taxi « Urban 13 », c’est la 72. Comme toutes celles de la compagnie, elle est de ce bel orangé profond qu’il aime tant ; cela fait six années maintenant qu’il en prend chaque nuit le volant.

 

La main droite, les doigts sur la tête de la clef encore dans le contact sans qu’il se décide à la retirer. Plus exactement, il ne sent pas ses doigts serrés sur elle. Sonné, il ne perçoit plus sa main ni davantage son épaule. Il ne perçoit pas non plus que ses cheveux (ils sont ras, mais il s’est fait la promesse de les garder plus longs dorénavant), ses cheveux comme son dossont aussi trempés qu’à la sortie du bain. Le buste tassé sur lui-même il peine à reprendre ses esprits : Je suis là. Je suis là... là… Où ? Ici. Où : ici ? Là. Là nulle part. Ah. Bon. Bien. Ce que j’y fais ? … rien. Ah… ! S’ensuit un haussement d’épaules purement mental faute du courage (ou bien faute d’avoir la force) de remuer. Silence. Dans ce silence se déploie le soliloque : Je suis… là… là… Nouveau haussement d’épaules toujours purement mental. Bof… ! Avec peut-être un soupir.

 

La main gauche sur le volant comme s’il menait encore la voiture sur la voie ; la voiture lancée comme une bombe ; une bombe pleine puissance : Boum !

 

Boum ! Boum ! Les roues avant presque déjà dans le vide.

 

     L’ultime destination, s’il vous plaît !

 

 

 

Le jeune homme !

 

Effectivement, après s’être longuement laissé dévisager dans le rétroviseur, le jeune homme, sans qu’il ait rien montré d’autre qu’une patiente indifférence, avait finalement lâché les lèvres bougeant à peine

 

     L’ultime destination, s’il vous plaît 

 

 

 

Toute la nuit il avait regardé flotter son image dans le rétroviseur !

 

     L’ultime destination, jeune homme ! 

 

Qui avait parlé ? Personne. Ah. Bon. À son volant, tout haut

 

     C’est parti !

 

Sur ce, ayant bouclé la ceinture de sécurité d’un geste machinal il avait sur-le-champ mis en marche le moteur et le taxi avait pris vers la sortie sud en direction du canal. Dès qu’il l’aperçut, il accrocha son regard à la boursouflure cotonneuse formée par la brume au-dessus de l’eau dans la pâleur fade de la nuit finissante. Mais, avant, il avait jeté un dernier un coup d’œil dans le rétroviseur : le jeune homme n’était plus là ; sans doute s’était-il calé au fond de la banquette contre la portière ; le rétroviseur renvoyait seulement des points scintillants allant s’amenuisant. Les lumières de la ville commençaient déjà à s’éteindre dans certains quartiers. Il s’en était fait la remarque tout à fait en passant, sans qu’elle l’amène pour autant à en déduire qu’il était telle heure ni à se demander où devait en être l’activité humaine à cet instant ; ce ne fut qu’une observation parfaitement neutre, comme s’il apercevait de loin une planète d’une autre galaxie pour laquelle il n’avait aucune curiosité. Elle eut toutefois le mérite de détourner sa pensée du visage qu’il n’avait cessé de guetter dans le rétroviseur la nuit entière ; à chaque intervalle de liberté entre deux courses, tout en restant à son volant, s’étirant le cou et basculant le buste sur la droite, il avait amené ses yeux exactement au centre du rétroviseur s’abîmant alors dans des pensées qu’il aurait été incapable de transcrire. Les yeux dans les yeux du reflet il était prêt !

 

Il avait pénétré dans l’ancienne zone industrielle, la voiture filant entre les murs d’enceinte d’usines aujourd’hui désaffectées. L’avenir de ce quartier était à la démolition, personne ne savait quand.

 

Il aimait se rendre dans le quartier du canal, il aimait l’endroit. L’exprimer par ces mots était une façon tout à fait approximative de définir ses liens avec les lieux. Aimer ! Ce genre de phrase passe-partout avec un verbe au sens si galvaudé était évidemment une manière de dérobade, elle n’indiquait rien des raisons pour lesquelles il se rendait aux friches, ce qu’il allait y chercher. Et si souvent encore ! Sans doute, ses raisons devaient être multiples, et sans doute aussi n’aurait-il pas été aisé de démêler l’écheveau tortueux de leurs motivations ! Surtout, il n’avait pas envie de s’empoisonner avec la question de savoir pourquoi son service terminé la voiture prenait la direction du sud de la ville, vers le canal, plutôt que celle le ramenant directement dans son propre quartier ; la chose se faisait d’elle-même et il n’avait pas besoin d'autre justification que celle d’aimer aller se balader du côté du canal au milieu des usines en ruine !

 

……………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

(extrait de "La maladie du canal" - roman en cours d'écriture)

Repost 0
Published by Marie Gerlaud - dans Romans
commenter cet article
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 13:07

 

 

 

 

L’Œil de la Lune

(les carnets de Jean Denis)

  

  

 Extraits 

  

      

  

  

  

  

 

Carnet I

 

 

 

En sortant du cabinet médical où j’avais été conduit pour un malaise qui s’était finalement avéré bénin, mais qui révélait au grand jour l’excessive nervosité dans laquelle j’étais, n’ayant pas à prendre de décision nécessitant que je regarde droit devant moi, c’est vers le ciel que j’avais tourné mon regard……………………………………………………

………………………………………

Je n’étais donc pas très avancé, planté sur ce trottoir avec ma serviette sous le bras. Je ne la sentais d’ailleurs guère peser, bien qu’elle fût remplie des bricoles que j’avais amassées durant les seize années passées dans le même bureau à gratter du papier, du papier et encore du papier ! J’avais aussi une lettre dans la poche de ma veste, mais je dois dire qu’à cet instant je n’y pensais pas. Elle se trouvait pourtant, à mon insu, être très exactement l’origine de la syncope qui m’avait valu cette consultation médicale inopinée. Pour ce qui était du repos, j’allais pouvoir en prendre tout mon soûl puisque j’étais désormais libre comme l’air. C’est à dire pas libre du tout, l’air ne faisant rien d’autre que suivre la voie qui lui est ou-verte ! Et, nous, nous agissons sans plus de liberté ! C’est en tout cas ma conviction après le séjour que j’ai effectué sur l’île de B. au lendemain de mon malaise.

Tandis que tout est irrémédiablement achevé, les heures vécues sur l’île ne cessent de me hanter sans que rien ne parvienne à me délivrer de l’emprise des visions, impressions et frustrations qu’elles m’ont laissées, sans que je souhaite même en être délivré.

………………………………………

………………………………………

C’était une journée de fin octobre. Dans la matinée, j’avais reçu, plus exactement j’avais ouvert, une enveloppe portant comme suscription : « Bureau du J. », le nom de la rue sans précision du numéro, la ville sans le code postal. ……………………………… La personne qui envoyait la lettre s’était sans doute tenue longuement immobile devant l’enveloppe vierge, le regard fixé sur un point indéfini, scrutant l’abîme de son âme avant de se lancer : « Bureau du J. ». C’était tout ce qu’elle avait pu écrire ! Puis elle était encore restée la pointe du stylo en l’air, perdue. Oui, c’est à peu près ce que j’imaginais. Bureau du J. ! Que l’esprit n’ait pu se résoudre à dicter à la main plus que cette initiale, traduisait l’intensité de l’émotion, la déchirure qui devait motiver cet envoi et surtout l’extrême désarroi de l’expéditeur !

……………………………………………………………… Mon bureau n’était qu’une obscure antichambre des Instances suprêmes ainsi que j’appelais intérieurement toutes ces personnes qui, autour de moi, s’activaient la journée entière sur les « Affaires ». …………………………….. J’observais sans passion, de loin, ne cherchant jamais à prendre la moindre initiative. Les « Affaires » ne m’intéressaient pas...............................................  …………………………………………………………………………….…………………………….…………………………………..………… J’avais malgré tout tenu plusieurs années encore puis j’avais fini par, dans un premier temps, rédiger une lettre de démission que, me sentant à bout, trois ou quatre années après l’avoir écrite, je m’étais décidé d’envoyer. J’y avais mis le temps, mais le dernier matin était enfin arrivé !

………………………………………

………………………………………

……………………………………… Soudain au milieu de ce vide que je sentais épars autour de moi (mais, peut-être, c’était moi qui gisais, mon âme éparse au milieu de ce trop-plein d’armoires à classement, de dossiers en retard, de tiroirs débordants ?) j’ai pensé que je n’avais pas pris connaissance de la lettre à laquelle la photographie de cet enfant était jointe.…………………………………………………………

La lettre retrouvée, je n’étais plus pressé d’en connaître le contenu. C’était mon dernier matin, j’avais le temps. Je soufflais doucement en savourant ma cigarette ne pensant plus à rien d’inquiétant ; j’étais calme et insouciant, assis par terre dans le bureau que j’avais nommé mon bureau pendant seize années, désormais je devais me débarrasser de ce fatras imbécile. La fumée de cigarette montait en volutes gracieuses, dessinant des cercles bleus qui s’écrasaient mollement contre les carreaux. J’étais vraiment très bien. Lorsque ma cigarette fut terminée, j’en sortis aussitôt une seconde, puis une troisième, que je fumai jusqu’au filtre avant d’écraser le mégot à même le parquet. Je jetais de temps à autre un coup d’œil à l’enveloppe, me convainquant, vu l’écriture, de ce que l’expéditeur était une femme.

………………………………………

………………………………………

Subitement, sans aucune raison particulière, je me suis senti affreusement déprimé, suffoquant à des pensées toutes plus sombres les unes que les autres. Si je restais assis au sol, ce n’était plus désormais pour une question de bien-être, mais parce que mes forces étaient en train de m’abandonner. J’eus le sentiment de ne plus rien savoir de cette belle simplicité des choses telles qu’elles m’étaient apparues quelques minutes auparavant, de ne plus rien savoir non plus de l’évidence de mon corps ni de ce dont demain serait fait. Au prix d’un immense effort, je parvins à me relever. J’avais espéré qu’une fois debout les choses redeviendraient normales, mais comme je me dirigeais vers la fenêtre pour prendre un peu d’air, j’ai ressenti des picotements dans les jambes, puis dans tout le corps. Avant d’avoir pu atteindre la fenêtre, mes jambes se sont dérobées sous moi et je me suis écroulé.

Je suis resté étendu sans forces à mi-chemin de mon bureau et de la fenêtre, la tête vide, la respiration douloureuse, n’ayant plus aucune conscience du temps qui s’écoulait....................………………………………………..

………………………………………………………… ……………………………………..Enfin, le collègue m’a conduit chez un médecin.

Comme je sortais de son cabinet, levant les yeux au ciel, j’ai vu un cortège d’oiseaux le traverser. En suivant leur vol du regard, le désir de m’envoler à leur suite s’est emparé de moi. Sans rien imaginer de l’origine de cette pure blancheur, j’ai accroché mon cœur à la pointe de leurs ailes. Je riais tout seul sur mon troisième trottoir, ma serviette sous le bras. C’est une offrande du ciel ! : voilà ce qui me vint à l’esprit, et aussi fou que cela puisse paraître, je les ai réellement suivis !

 

 

 

Carnet II

 

 

 

………………………………………

………………………………………

À la gare maritime, sur le point d'embarquer, je m’efforçais de ne penser qu’à l’instant présent. Une fois à bord, après avoir manqué de peu me prendre les pieds dans l'aussière, je me suis assis à la première place venue que j’ai presque immédiatement quittée, malgré tout gêné de me trouver là. Pour finir, je me suis installé à l'arrière du bateau, j'ai écouté le bruit du moteur et regardé le continent s'éloigner….. Pendant un long moment, j'ai pris plaisir à répéter ces trois mots, jouant à les faire claquer comme un ressac sur mes lèvres : La mer est forte, la mer est forte… … forte… … La mer est forte… la mer est forte…

………………………………………

………………………………………

……………………………………………………. Je me suis mis à regarder les hommes d'équipage scruter le ciel d'un air soucieux, l'un d'entre eux à mon adresse sans quitter les nuages des yeux dit :

 

          Je ne sais pas combien de temps vous comptez rester sur l'île, mais ça, c'est une tempête qui s'annonce !

 

Nous arrivions au port. À mon tour, j'ai levé la tête……… j'éprouvais le besoin de me rassurer à la présence des oiseaux, le besoin de vérifier qu'ils m'accompagnaient encore, que je ne faisais pas fausse route.………………………………………………………………………..

……………………………………………………………………………………………………..

……………………………………. je pénétrai dans le petit cimetière de l'île de B.. Il était si fleuri qu'à l'instant où j'en poussai la grille je me crus encore à regarder par la fenêtre de mon bureau les échoppes des fleuristes ambulants qui avaient envahi le trottoir. Mais, alors que là-bas la vision de toutes ces fleurs m'avait paru vaine sans m'émouvoir, là, au contraire, je trouvais qu'elles procuraient le sentiment d'un mystère impalpable. Le ciel avait des drapés d'acteurs de tragédie. J'ai suspendu mon souffle, ébranlé par le spectacle qui m'était offert, mais aussi par la perception soudaine de l'incongruité de ma présence ici, dans ce petit cimetière de l'île de B…………… ……….…………………… J’entendis des cloches sonner dans le lointain. Le vent les fit teinter bien longtemps encore après qu'elles se furent tues. Ou bien était-ce une illusion ? Quoi qu'il en soit, je n'étais effectivement pas dans le bon cimetière……… et c’était là-bas que je devais me rendre afin de vérifier certains détails de la lettre.

…………………………………….. ……………………… Debout au milieu de ces pierres tombales, en plein vent, je me mis à penser à mon appartement. Je me fis la réflexion que j’y vivais depuis seize ans maintenant. Seize ans !..........................

……………………………………

………………………………………

Chaque nuit pratiquement, c’étaient les mêmes difficultés à trouver le sommeil, les mêmes tourments dès que je me couchais, les mêmes stations sans fin dans la cuisine pour leur échapper. Parfois, au cours des plus affreuses de ces soirées, il m’arrivait d’avoir l’illusion d’entendre les cloches de l’église voisine carillonner. Elles tapaient l’heure, et sa demie, et les quarts : bang ! Bang ! Je les entendais aussi nettement que les battements de mon cœur dans mes tempes, leur vacarme envahissait ma cuisine à en faire vibrer la vitre du vasis-tas.………………………………………………………………………........................... Entendre les cloches sonner en pleine nuit quand on sait très bien qu’elles ne sonnent pas est une chose atroce !.................................................................................................................................

C’était pourquoi alors que j’étais en train de considérer les pierres tombales dans le petit cimetière de l’île de B. et qu’il m’avait semblé entendre des cloches dans le lointain, d’instinct, j’avais émis l’hypothèse que c’était peut-être une illusion………………………il se peut parfaitement que sans avoir entendu le glas, j’aie pourtant eu le sentiment de l’entendre. Mais, sur l’instant…………….

Oubliant presque qu’il me fallait me rendre au nouveau cimetière pour obtenir mes renseignements, j’étais resté un certain temps à me regarder : mentalement, je regardais aller et venir dans sa vie le petit homme que j’avais été jusqu’alors ; c’était comme si j’avais regardé le personnage d’un film !...................................... Dix-sept heures et des poussières : il rentrait chez lui. Le ciel tantôt bleu, tantôt gris. Il s’appelle Jean Denis. Jean Denis. Le type de l’anonyme parfait. Une quarantaine d’années. Visiblement, des années sur lesquelles il n’y avait pas vraiment de questions à avoir, des années à peu près comme tout le monde…………………. Chaque fin d’après-midi, il fait les courses pour son dîner dans un petit supermarché à deux rues de son immeuble……………………… Jean Denis rentre à pied parce qu’il aime marcher dans la ville et peu lui importe la pluie ou le grand soleil, il ne lui viendrait pas à l’idée de monter dans un autobus ou de prendre le métro. Il marche, il regarde le ciel, les gens, les fenêtres : tout ce que l’instant lui offre......................…….……………….. Plus tard, il épluche des pommes de terre, fait griller sa viande, passe à table, débarrasse,l’esprit à autre chose....……………. Il se peut très bien qu’ayant aperçu quelques oiseaux passant haut dans le ciel, inconsciemment, leur vol lui ait évoqué l’image d’un cortège. Rien de plus ! Souvent, il pense : Ah ! voilà encore une histoire !

 

 

 

Carnet III

 

 

 

………………………………………

………………………………………

 

 

 

 

   

   

 

 

(extrait du roman "L'Oeil de la Lune" de Marie Gerlaud - parution 2ème semestre2012)

Repost 0
Published by Marie Gerlaud - dans Romans
commenter cet article
29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 13:20
 
 
 
   
MARIE GERLAUD

  
  
  

   
LE LIVRE DES JOURS
RÉCIT
  
     
 

 
 
DESSINS DE PATRICE LEBRETON
 
 
     
 
 
 
 
 
      20110911 50
 
 
 
 
 
Extrait :
  
 
            « Helena apercevait parfois des pancartes portant le nom de villages, de petites villes ; dans les premiers jours, les noms lui étaient encore familiers ; en les lisant, il lui revenait à l’esprit des visages de parents, des histoires de mariages ; elle revoyait également les visages de certains garçons dont elle savait qu’ils étaient de familles aujourd’hui dans l’autre camp, et elle repensait à des personnes parties loin du pays depuis plusieurs années déjà.
            Sachant qu’elle ne trouverait plus rien dans les rues de ces villages, de ces petites villes, et qu’elle n’y avait plus aucun ami, instinctivement elle bifurquait, déviait sa route.
 
            Lancer le pied droit en avant, puis le pied gauche. Compter les jours, avancer, avancer au moins jusqu’a demain. »
 
 
 
    
  20110911_58.JPG
  
 
   
  • Broché: 108 pages
  • Editeur : BOOKS ON DEMAND (3 février 2012)
  • ISBN-10: 2810624208
  • ISBN-13: 978-2810624201

 

 

http://www.amazon.fr/dp/2810624208/ref=rdr_ext_tmb

 

http://www.bod.fr/index.php?id=1786&objk_id=649874

 
   
 
 
 
 
      
 
Repost 0
Published by Marie Gerlaud - dans Récits
commenter cet article
7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 14:46

 

 

 

 

Un si étrange sourire

 

(nouvelle extraite du recueil "L'Entreciel" de Marie Gerlaud, éditions de L'Harmattan 2010) 

   

 

 

 

 

    Depuis plusieurs heures il était assis à son bureau, plusieurs heures d'une inefficacité totale. En fait, il n'avait absolument rien fait. Il n'avait pas tendu une seule fois la main vers la corbeille à courrier et n'avait pas ouvert la moindre enveloppe. D'habitude à cette heure-ci, un peu plus d'un tiers du courrier était trié, il avait déjà actionné au moins trois fois la pédale de la déchiqueteuse qui se trouvait à la gauche de la table et la trappe par laquelle les petits morceaux d'enveloppes déchirées disparaissaient dans le dernier sous-sol lorsqu'elle était pleine s'était ouverte deux fois.

  

    Il y avait trois niveaux de sous-sol, travaillant au second, il ne s'était jamais rendu au premier, jamais, non plus, au troisième.

 

    Aujourd'hui, il n'avait rien fait. Absolument rien. Il se tenait assis, parfaitement immobile, parfaitement droit. D'une droiture qui ne lui coûtait aucun effort, d'une immobilité que l'on aurait dite aussi naturelle que celle d'un arbre. Il se tenait assis exactement comme il le faisait tous les matins du lundi au vendredi depuis quelques années. Trois. Trois années. Cependant, aujourd'hui, après s'être assis il n'avait plus fait un geste.

 

    Il était arrivé à huit heures et quart, il avait traversé l'entrée sans y prêter attention, et s'était machinalement dirigé vers la corbeille à roulettes dans laquelle plusieurs enfants auraient facilement pu se tenir. Ses mains s'étaient posées sur la barre de la corbeille, il l'avait poussée jusque sous ses casiers et l'avait calée contre le mur. Puis, consciencieusement, il avait fait basculer les enveloppes contenues dans les casiers dans la corbeille. Ses casiers étaient marqués d'un point rouge. Il ne s'occupait pas de ceux marqués de signes différents : seulement les points rouges. Il avait donc tiré à lui, l'un après l'autre, ces casiers-tiroirs qui étaient chargés par leur extrémité opposée. Il imaginait qu'il devait y avoir de l'autre côté du mur, une sorte de quai de déchargement pour les wagons postaux. Il imaginait un employé transférant les sacs contenant ces monceaux d'enveloppes du train aux casiers, les jetant dans leurs gueules avides. Cela se passait de l'autre côté du mur. Du côté qui ne le regardait pas. Du côté qui n'était pas le sien. Pour ce qui était de sa partie, quand le casier était presque totalement sorti de son logement, il devait libérer un cliquet métallique permettant ainsi son basculement vers le sol. Dans le même temps, par un mystère mécanique, la face marquée du point rouge s'ouvrait et les enveloppes glissaient comme sur un toboggan pour atterrir dans la corbeille. Les enveloppes. Les lettres. Habituellement, lorsqu'il en arrivait aux derniers casiers, la corbeille étant déjà pleine, il devait tasser de ses deux mains son contenu pour faire de la place aux enveloppes restantes, puis il tassait de nouveau pour s'assurer que le surplus ne s'échapperait pas lors de l'acheminement de la corbeille jusqu'à son bureau. Son bureau. Il manœuvrait la corbeille dont les roulettes pivotaient sans bruit sur elles-mêmes et se dirigeait vers l'ascenseur. La porte en était si large que rien qu'à la regarder on était pris de vertige. Du moins avait-il eu ce sentiment la première fois. Après, il n'y avait plus pensé. La porte s'ouvrait très silencieusement malgré son poids et, toujours le premier jour, il avait admiré l'inventeur de cette mécanique parfaite. Puis, comme pour le reste, il n'y avait plus pensé non plus. Il descendait au second sous-sol.

 

    La descente durait à peine une minute ; la porte se rouvrait d'elle-même toujours aussi silencieusement. Là, il clignait un peu des yeux à cause du changement de lumière, prenait comme par réflexe sa respiration et sortait derrière sa corbeille sans avoir à prendre de précautions particulières puisqu'il ne croisait jamais personne. En trois ans, cela ne s'était jamais trouvé qu'il se heurte à qui que ce soit. Ensuite il parcourait des couloirs et des couloirs en poussant sa corbeille tout en surveillant du coin de l'œil son chargement. L'air était aussi plat que la porte silencieuse et, à moins d'un geste brutal de sa part, il y avait peu de raison qu'une enveloppe tombe. Cela ne s'était produit que deux fois. La première, parce qu'il avait mal attaché son lacet qui s'était coincé sous une des roulettes ce qui l'avait fait trébucher à un angle droit qu'il prenait juste avant d'arriver à son bureau. Son bureau. La seconde fois, enrhumé, il avait éternué si soudainement qu'il en avait sursauté provoquant une secousse brusque pour la corbeille, ce jour-là particulièrement remplie. Quelques enveloppes étaient tombées qu'il avait hésité à ramasser, les considérant bêtement tandis qu'elles formaient sur le sol cinq déchirures blanchâtres dans le linoléum uniformément gris, des sortes de petites trappes par lesquelles pendant quelques secondes il avait eu la tentation de s'échapper. Il avait malgré tout remis les cinq enveloppes dans la corbeille. C'était tout. Le trajet depuis la porte de l'ascenseur jusqu'à la table à dépouiller le courrier durait dix minutes. Dix minutes sans hâte ni lenteur. Il y avait de longues lignes droites coupées par des travées latérales. Chaque travée, trois mètres après son intersection avec le couloir principal, était barrée par une double porte battante. Des portes-coupe-feu. La corbeille était équipée d'un nez renforcé en forme de pare-chocs destiné à ouvrir les portes sans avoir à interrompre la marche le long des couloirs. Tout cela glissait comme les nuages dans un ciel paisible. Des nuages dans le ciel. Le ciel paisible. Ici, le seul bruit était celui de ses pas, et encore fallait-il tendre l'oreille, ainsi que, peut-être, un infime chuintement, pfut… pfut, provoqué par le frottement des roues de la corbeille sur le sol gris immaculé dans lequel il voyait parfois se refléter le songe d'un rayon de lune quand il lui arrivait de regarder au-delà, ce qui était assez rare. Le plus souvent, il regardait ses mains posées sur la barre métallique de la corbeille. Elles lui paraissaient être chacune un monde particulier dont il avait le sentiment de ne rien connaître. Elles étaient comme deux météorites tombées par hasard sur cette barre de fer. Elles lui semblaient aussi tristement échouées que deux barques couchées sur un banc de sable à marée basse. Aussi, certains matins, il ne les regardait même pas. C'était ces jours-là qu'il découvrait les flaques de lune, tremblantes et douces. Elles couraient de loin en loin le long de ces dix minutes, sans hâte ni lenteur. Il poussait la corbeille et l'écho ténu du bruit de ses pas lui faisait se dire : ça sonne creux. Cela faisait environ trois ans maintenant, mais alors qu'il n'avait plus aucune nécessité pour se diriger de regarder son chemin qu'il connaissait désormais par cœur à la seconde près, il ne s'était, par contre, jamais départi de ce sentiment qu'il avait éprouvé lors du premier matin où il avait fait le trajet : ça sonne creux. Dès le premier jour, il s'était rendu compte que ce, ça sonne creux, n'était pas la bonne expression, elle ne décrivait pas justement la réalité sonore de l'endroit. Pourtant, c'était toujours cette même expression qui lui venait à l'esprit, matin après matin : ça sonne creux. C'était comme une symphonie faite de silences dans laquelle un accord agaçant se serait introduit. Cela grinçait, mais pas franchement, et c'est ce qui rendait l'atmosphère quelque peu inquiétante, tendue : il y avait un manque d'harmonie dans ce silence. Les grincements n'étaient pas de véritables grincements, mais il sentait qu'ils auraient souhaité l'être. Par exemple, la porte de l'ascenseur ! Il pensait que parfois ce devait être terrible pour elle de ne jamais souffler, expirer, renâcler, grincer. Tous ces bruits étouffés, inertes, coincés dans une bulle de silence, composaient les scories sonores qui lui faisaient se dire : ça sonne creux. Il n'y avait pas un matin où il échappait à cette pensée, quelles que soient les chaussures qu'il portait, quelle que soit la saison, la lumière du temps, rien n'avait d'influence sur les dix minutes, sans hâte ni lenteur, que durait le trajet à pousser la corbeille de la porte de l'ascenseur à son bureau. Son bureau. Le ciel paisible. Des nuages dans un ciel paisible. Des nuages, mine de rien.

 

    La toute première fois, il avait suivi l'homme qu'il devait remplacer. Ils n'avaient pas échangé trois mots, juste le strict minimum, de quoi être au courant le lendemain. Pour qu'il connaisse les gestes, qu'il connaisse le trajet. Puis d'autres gestes. Et le trajet de nouveau, en sens inverse. L'homme qu'il allait remplacer était suffisamment âgé pour qu'il suppose qu'il devait avoir atteint l'âge de la retraite. L'homme n'était pas bavard, lui non plus : ils ne surent rien l'un de l'autre. L'ancien avait fait le trajet sans hâte ni lenteur, aussi, le lendemain il fit de même et tous les jours qui suivirent il en fut ainsi. Ce fut d'emblée une attitude qu'il adopta, elle lui allait assez bien ; du moins, il n'avait pas éprouvé le besoin de modifier le rythme qu'avait son prédécesseur ; il s'était au contraire coulé dedans sans en penser quoi que ce soit, peut-être même sans s'en apercevoir précisément. Il n'avait pas eu le temps de faire vraiment attention ni aux bruits ni aux silences lorsqu'il avait suivi l'homme, trop attentif à noter le chemin le long des couloirs, à compter les intersections dont on ne devait pas tenir compte. Enfin, à la huitième bifurcation :

 

        — On prend sur la droite.

 

    Il y avait encore trois minutes de marche en ligne droite puis après une dernière porte battante :

 

        — C'est là.

 

    À l'instant précis où le nez de la corbeille allait écarter cette dernière porte, ils avaient été plongés dans une obscurité d'une densité inouïe ; il n'aurait jamais cru qu'il puisse exister une aussi totale absence de lumière ; c'était pire, s'était-il dit, que la nuit d'un aveugle, pire… Avant même qu'il ait pu se formuler ce qu'il ressentait, la lumière était revenue. Ce fut alors comme s'il portait des lunettes mal adaptées à sa vue, tout baignait dans une atmosphère de vacuité presque absolue. La surface des murs avait l'air de trembloter, de même que tremblaient les contours d'un immense plateau, qu'il pensa être le bureau, ainsi que ceux d'une boîte noire dont il apprit que c'était la déchiqueteuse. Quant à un tabouret glissé sous la table, il le voyait parfaitement flou ! Chacune de ces lignes vibrait comme une corde tendue à l'extrême, il croyait entendre un grésillement qui lui laissait redouter l'imminence d'un accident ; la fréquence sonore était si intolérable qu'il paraissait évident que quiconque serait exposé trop longuement à un tel phénomène acoustique deviendrait sourd ! Tantôt sur l'avant, tantôt sur l'arrière, il avait la sensation qu'il allait tomber comme s'il était pris d'ivresse ou frappé d'une fatigue si intense qu'il lui semblait impossible qu'il parvienne à maîtriser quoi que ce soit de son corps. L'ancien, accoutumé au phénomène, avait continué de pénétrer dans la salle malgré l'obscurité, en faisant ce simple commentaire :

 

        — C'est le traitement de la lumière. Cela se produit chaque fois que la porte s'ouvre : pour purifier.

 

    Sur le coup, il avait mal compris ce qu'il y avait à purifier, et il voyait mal également de quelle manière cette purification pou-vait s'effectuer. Il revenait lentement du malaise qui avait manqué le faire défaillir. L'homme dont c'était le dernier jour avant la retraite s'était mis au travail. Il avait poussé la corbeille tout contre le bord droit de la table et installé le tabouret de manière à pouvoir tendre le bras jusqu'à elle. Il ouvrait une première enveloppe à l'aide d'un coupe-papier en plastique dont il aurait été difficile de définir la couleur, il retirait de l'enveloppe les documents qu'elle contenait et, après les avoir soigneusement lissés, il les déposait sur un plateau de verre qui occupait à peu près la moitié de la surface de la table. Ensuite, s'étant assuré qu'elle ne contenait plus rien, il jetait l'enveloppe dans la bouche de la déchi-queteuse qu'il ouvrait en actionnant une pédale située sous la table, au pied du tabouret, comme une pédale de piano, cela jusqu'à ce que toute la surface du plateau de verre soit couverte de feuillets, ce qui représentait ordinairement le contenu de trois enveloppes. Enfin, il appuyait sur un bouton vert placé sur une tige qui sortait de sous le bureau (cette tige était prolongée par une sorte de gros câble semblant s'enfoncer dans le plafond), un second plateau venait recouvrir la surface de verre comme s'il sortait d'un étui qui aurait été placé à l'intérieur de la plaque stratifiée du bureau. Il regardait les gestes de l'ancien : le lendemain, ce serait lui qui ferait le travail, seul. Ce n'était pas compliqué. Il fallait seulement veiller à ce qu'aucun objet métallique de type trombone ou agrafe ne soit déposé sur la plaque de verre, et bien aplanir les feuilles pour atténuer les marques du pliage. Ensuite, la machine faisait le travail : quand la plaque de verre se découvrait de nouveau après que le plateau supérieur avait regagné son étui, cela prenait trente secondes, elle était débarrassée des feuillets qui l'avaient encombrée. L'ancien lui avait expliqué que les papiers étaient d'abord photographiés puis expulsés par le conduit qui reliait la table à la déchiqueteuse. Ce qui avait été photographié atterrissait sur les ordinateurs des gens qui travaillent au rez-de-chaussée.

 

        — Il y a tellement de paperasses que tout cela est traité plusieurs jours après nous être passé entre les mains !

 

    Ces paroles furent les seules qui n'étaient peut-être pas absolument indispensables parmi celles que l'homme lui adressa durant la journée, et encore sans doute parlait-il seulement pour lui-même. Le travail était simple et lors de ce premier matin passé en compagnie de celui qu'il allait remplacer, il s'était dit qu'il y arriverait, qu'il s'habituerait probablement, que les choses auraient pu être pires, il avait pensé qu'il avait même de la chance, c'était un travail qui probablement lui conviendrait… Environ toutes les heures et demie, il fallait actionner une manette qui se trouvait sur le côté de la déchiqueteuse. L'homme lui avait expliqué que lorsque celle-ci était complètement bourrée, on le sentait à la résistance qu'offrait la pédale, alors il fallait la vider :

 

        — Pour cela, on abaisse la manette, le fond s'ouvre comme une trappe et tout tombe dans des conteneurs à ordures situés au ni-veau inférieur.

 

    L'homme effectuait chaque geste avec précision, sans hâte ni lenteur. Il fit de même pendant trois ans jusqu'à ce matin où, après s'être assis, il ne fit plus un mouvement. Assis droit sur le tabouret, une droiture qui ne lui coûtait aucun effort, comme un arbre paisible.

 

    Le matin de son apprentissage, quand il eut le sentiment qu'il avait tout à fait compris ce en quoi consistait le travail, son attention se détourna de l'homme qui, lui, inlassablement déchirait, dépliait, positionnait, lissait, déchirait, dépliait… L'ancien était visiblement satisfait que le nouveau ne semble pas vouloir s'immiscer dans son travail pour le dernier jour qu'il le faisait.

 

        — À force de travailler seul, on aime mieux être tranquille. On est tellement habitué qu'on n'a besoin de personne…

 

    Voilà ce qu'avait grommelé l'homme quand il avait hésité à lui tendre une enveloppe. Aussi, il n'avait plus rien tenté de faire pour l'aider puisque, après tout, son travail ne commençait effectivement que le lendemain matin. Il avait même dû somnoler debout, appuyé à la corbeille, parce que tout d'un coup il avait eu le sentiment de basculer en avant. Réveillé en sursaut, il s'était aperçu que la corbeille était maintenant aux trois quarts vide. Se laissant aller contre elle de tout son poids en s'endormant, il l'avait précipitée en avant. L'homme avait marqué un mouvement d'humeur quand, voulant se saisir d'une enveloppe, il avait été dans l'obligation de se déplacer pour remettre la corbeille en place. Il s'était légèrement excusé et avait porté les yeux vers le fond de la salle. Il avait remarqué qu'elle était fermée par une porte, elle aussi, double, identique à celle par laquelle ils étaient entrés. Il s'était demandé pourquoi la table était placée là où elle était et pourquoi on avait laissé tant d'espace inoccupé jusqu'à cette double porte que le vide rendait extrêmement lointaine ; tout cela donnait l'impression que le lieu n'était en fait rien de plus qu'une longue portion de couloir, non pas un bureau à proprement parler. De toute la journée, il lui sembla qu'il ne devait jamais venir personne du bout opposé à celui par lequel ils étaient arrivés. Le rythme de l'ancien était parfaitement régulier. Il n'osa pas l'interrompre en le questionnant, aussi, pour lui-même, il justifia l'emplacement de la table par le fait que cette position correspondait sans doute au parcours des fils et à toute la machinerie sûrement très complexe qui reliait la table au sous-sol inférieur pour les ordures et au niveau supérieur pour les ordinateurs qui recevaient sur leurs écrans les documents traités ici. Il était très intrigué par la double porte du fond, et lorsque la fin de la journée arriva, à force de l'avoir fixée sans relâche sans qu'elle ne s'ouvrît jamais, elle était devenue une obsession. Il n'avait pu se retenir d'essayer de se renseigner à son sujet durant le trajet du retour, dans l'ascenseur. L'homme avait eu un sourire qui lui avait paru étrange ; il lui avait semblé que celui-là, à sa question, lui avait fait un clin d'œil, sans en être tout à fait certain. En tous cas, il n'eut pas de réponses précises, satisfaisantes, seulement quelque chose du genre :

 

        — Je n'en sais rien moi-même après toutes ces années passées dans la boîte… Je ne me rappelle pas l'avoir vu s'ouvrir… Peut-être une fois, mais non, je ne crois pas… Moi aussi je me suis interrogé au début où je travaillais là, ensuite… Ça dépendra du temps que vous tiendrez… Peut-être, après tout, elle s'ouvrira une fois… Qui sait ?

 

    Ce fut toute la réponse qu'il obtint ! Là-dessus, la porte de l'ascenseur s'ouvrant, il fut tellement ébloui par la lumière du jour que lorsqu'il avait rouvert les yeux, l'homme avait déjà rangé la corbeille près du mur et, prêt à franchir la porte d'entrée du bureau du personnel, lui avait fait un léger signe de la main en guise d'au revoir. Ils ne se reverraient probablement jamais. Quand, à son tour, il était allé régler les derniers détails de son embauche dans ce même bureau du personnel, il avait dit :

 

    — Oui, je crois que j'ai bien compris… Oui, oui, je crois que ça me conviendra. Surtout, aucun objet métallique sur le plateau de verre, l'homme m'a très bien expliqué, oui, oui…

 

    Il pensait encore à la porte du fond, mais il n'avait pas posé de questions se disant que la femme qui l'interrogeait n'avait jamais dû descendre dans cette salle où le courrier était dépouillé ; elle ne devait pas connaître ces longs couloirs, ces dix minutes sans hâte ni lenteur à pousser la corbeille ; elle ne devait rien connaître de tout cela, ce n'était pas son rôle. Durant les trois ans qui suivirent, il ne la revit jamais. Le lendemain, sans qu'il vît personne de la journée, il avait pris son nouveau poste. Il était arrivé à huit heures et quart, avait traversé l'entrée : un grand hall aux dalles de marbre noir avec çà et là de très belles plantes vertes dont, à la réflexion, il n'était pas sûr qu'elles soient vivantes. Il s'en était fait la remarque après coup, mais tout au long de ces trois années où il avait chaque matin, du lundi au vendredi, traversé ce hall démesurément vaste, il ne s'était jamais permis d'aller vérifier la nature vivante ou artificielle de ces plantes. Il marchait à petits pas serrés, lui qui dans la rue faisait de tellement grandes enjambées qu'un soir, une femme dont il était follement amoureux lui avait dit :

 

        — Je vous abandonne là, je ne peux pas vous suivre davantage, mon mari m'attend, et puis vous marchez beaucoup trop vite pour moi.

 

    Il était resté planté, désolé, sur ce bout de trottoir puis, parce qu'il le fallait bien, il avait repris sa marche, ses longues enjambées élastiques qui le menaient en rond à travers la ville sans aucun but précis. Un jour, presque par hasard il avait trouvé ce travail ; je pense que ça conviendra, je pense que j'y arriverai, avait-il pensé. Pendant trois ans, effectivement, il s'y était tenu. Chaque matin il entendait ses pas sonner creux. En fait, il ne savait pas très bien ce qui sonnait creux. Mais de jour en jour, les choses se vidaient de leur réalité ; tout était de plus en plus creux. Ça sonne creux : étaient les seuls mots qui lui venaient à l'esprit ; l'expression telle qu'il l'employait n'avait guère de sens, il le savait, personne ne pourrait comprendre ce qu'il voulait exprimer par là, et pourtant rien d'autre ne lui venait à l'esprit pour préciser son sentiment. Du reste, il n'aurait pas eu l'idée de parler de ces bêtises à personne. Il suivait les couloirs en poussant devant lui la corbeille, sans hâte ni lenteur, il s'était accoutumé au phénomène de purification de la lumière à l'instant où il pénétrait dans la salle du courrier : son bureau. Son bureau. Mon bureau. Étrange bureau, étrange lumière, étrange solitude. La mer lui manquait, c'était tout ce qu'il exprimait parfois le soir quand il lui arrivait d'aller boire un verre quelque part. Si quelqu'un lui parlait, si une conversation s'entamait, il y avait toujours un moment où il finissait par dire :

 

        — La mer me manque.

 

    C'était un manque surprenant puisqu'il n'était pas originaire d'une région maritime et qu'il n'avait jamais eu aucune histoire liée à la mer. Pourtant :

 

        — La mer me manque !

 

    La nuit qui avait précédé ce dernier matin, il avait répété cela plusieurs fois. D'abord à un homme qui s'était assis à côté de lui au bar ; cet homme ne lui avait pas adressé la parole pour qu'ils discutent ensemble, mais simplement pour raconter que sa femme… Il l'avait laissé parler, il lui avait laissé raconter trois fois l'histoire de sa femme qui…, soudain, il l'avait interrompu : 

 

        — La mer me manque !

 

    C'était tellement incongru que l'homme avait suspendu un instant son soliloque pour lui jeter un regard méfiant. Cela n'avait duré qu'une seconde, mais lorsque pour la quatrième fois l'homme reprit son histoire il préféra s'adresser à un client qui, entre-temps, était arrivé sur sa droite et qui lui sembla sans doute plus d'aplomb ! Lui, pour lui-même, avait répété :

 

        — La mer me manque !

 

    Il l'avait dit doucement, sur le murmure, sur le souffle, comme pour faire surgir de petites vagues sur le sable, des petites dunes qui disparaissent aussitôt formées, des grains de sable… des grains de sable… Il n'avait pas pu se décider à rentrer se coucher. Il n'était pas fatigué, il n'était pas pressé, non, ni pressé ni fatigué. Il était creux, ce n'était que cela !

 

        — Je suis creux…

 

    Assis au comptoir à trois heures du matin, il avait ses deux mains posées sur la barre métallique qui protégeait l'espèce de faux cuir rouge du bar. Il regardait ses deux mains sur la barre. La barre métallique… la barre métallique… Elle était du même diamètre que celle de la corbeille avec laquelle il poussait son chargement de courrier le long de ces couloirs vides où les silences grinçaient sans hâte ni lenteur tandis qu'il se sentait creux en guettant les reflets irréels de la lune sur le gris immobile du sol. Un peu après trois heures, un jeune type était arrivé et avait commandé un premier café bien serré, l'avait avalé d'un trait puis en avait commandé un second. Le jeune homme lui avait souri et comme pour s'excuser de boire du café quand lui en était visiblement à un alcool fort, il lui avait dit :

 

        — J'attaque le boulot dans une demi-heure, je bosse pour une entreprise de nettoyage. Question d'habitude !

 

    Il avait ajouté en riant que c'était très tranquille, juste des couloirs et des couloirs, toujours des couloirs. Lui, il avait levé les yeux de ses mains après les avoir détachées de la barre métallique et s'adressant peut-être au jeune type, il avait dit :

 

        — Des couloirs sans fin, sans hâte ni lenteur, jusqu'à ce que la mer se retire ; alors, il reste la vase grise du sol dans lequel je m'enfonce jusqu'aux genoux ; j'ai parfois l'impression que je n'arriverais pas jusqu'à la dernière porte, pourtant j'y arrive toujours. Et puis après la dernière porte il y en a encore une, la dernière, mais là, je ne sais pas quand elle s'ouvrira. Cela fait trois ans que j'attends et ce soir je crois que c'est pour demain.

 

    Le jeune homme lui avait souri de nouveau et avait ajouté :

 

        — Oui, sûrement, si vous le dites ! Bon, il faut que j'y aille !

 

    Il fut le dernier client à quitter le bar ; il passa le reste de la nuit à errer dans les rues sans rentrer chez lui. À l'heure habituelle, comme tous les matins du lundi au vendredi, il empoigna la barre de la corbeille, il longea les couloirs, il poussa la porte de la salle de dépouillement du courrier, et s'assit sur le ta-bouret. Droit, très droit ; puis ne fit plus un geste, les yeux rivés sur cette porte lointaine, lointaine comme un grondement de la mer avant l'orage. Elle allait s'ouvrir aujourd'hui, quelque chose, quelqu'un, allait survenir comme une vague. Il l'attendait en souriant. Ni fatigué, ni pressé. C'était aujourd'hui, il le savait. Droit, très droit, d'une droiture qui ne lui coûtait aucun effort, d'une raideur de sel après les alizés de la nuit, il attendait que la mort vienne le lécher, tout simplement. Elle viendrait du fond, par cette porte qui l'avait retenu là de-puis trois ans, presque jour pour jour. C'était aujourd'hui le jour. C'était bien ainsi, il n'avait pas peur. Un beau sourire sur les lèvres.

 

    Le lendemain, quand l'employé de l'entreprise de nettoyage avait poussé la porte qui donnait, par le fond, accès à la salle du courrier, il avait d'abord cru qu'il avait une vision ; à cette heure-ci de la nuit cela arrive parfois. Puis, poussant son énorme lame-serpillière vers la table, il avait découvert l'homme assis tout droit sur son tabouret. Tout droit, raide déjà. Quand il avait fait le compte-rendu de sa découverte dans le bureau du personnel en présence des policiers, il n'avait pu dire qu'une seule chose :

 

        — Il avait un si étrange sourire sur les lèvres ! Si étrange ! Le plus dingue c'est que je l'avais croisé la nuit précédente dans le bar où je bois mon café avant de prendre mon boulot ! Je l'avais croisé, je suis certain que c'était le même homme ! Un si étrange, si beau sourire, c'est dingue !

 

 

 

(nouvelle extraite du recueil "L'Entreciel" de Marie Gerlaud, éditions de L'Harmattan 2010)

 

  •      
  • Broché
  • Editeur : L'HARMATTAN (8 janvier 2010)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2296108989
  • ISBN-13: 978-2296108981
Repost 0
Published by OverBlog - dans Nouvelles
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Marie Gerlaud - Auteure
  • Le blog de Marie Gerlaud - Auteure
  • : "Chacun est plusieurs. Au fond de nous s'est déposée la mémoire d'êtres que nous n'avons pas été, de situations que nous n'avons pas vécues. Et l'écriture permet d'y accéder. Elle est une extension de nous-mêmes. Comme la prière ou... le sommeil." (citation d'Aharon Appelfeld)
  • Contact

Profil

  • Marie Gerlaud
  • Formation de comédienne.Vit aujourd'hui en Bretagne et se consacre essentiellement à l'écriture (ainsi qu'à la lecture !)
  • Formation de comédienne.Vit aujourd'hui en Bretagne et se consacre essentiellement à l'écriture (ainsi qu'à la lecture !)

Recherche